article


Vers un Web C2B : le principe de Vigilance à l’ère du BYOData – Partie II

dialogue

LE PRINCIPE DE VIGILANCE : ETHIQUE + AGILITE

Certes, comme nous l’avons vu dans la première partie de cet article, l’abondance des informations offre des perspectives d’interprétation et de réutilisation sans précédent, mais elle rend également bien plus pressant le besoin d’opérer une veille permanente, car toutes ces données qui se succèdent dans le temps à une vitesse ahurissante forment des flux dont la valeur est le plus souvent liée directement à leur actualité.

C’est pourquoi le principe de Vigilance s’appuie sur deux impératifs essentiels : éthique et agilité[1].

Un mode opératoire : l’agilité. Il s’agit de :

  1. Instaurer un dialogue permanent entre les individus et les organisations pour recueillir des données de qualité régulièrement actualisées (microdata) ou en quantité suffisante (big data) pour les analyser. Les structures classiques, de type pyramidal, correspondent mal à cet usage car elles procèdent sur la base de suppositions, de préjugés, d’hypothèses de travail prédéterminées qui orientent la lecture qu’on fait ensuite de toutes ces données (phénomène « entonnoir »). D’autre part, ce sont des systèmes qui génèrent de la méfiance car elles sont opaques et à sens unique, et le bénéfice de leur utilisation n’est pas perceptible (« que fait-on de toutes mes données ? »). Il faut donc susciter de nouvelles formes d’échange, horizontales à l’image des réseaux sociaux du Web, mais plus respectueuses du caractère privé, sensible, des données partagées. Pour regagner la confiance de chacun il faut que tous participent à part égale, il faut donc créer un nouveau type de réseau social : le réseau social collaboratif.
  2. Agir en temps réel. Il est essentiel d’analyser les microdata dès qu’elles sont produites. Cette tâche est nettement simplifiée si on maîtrise le processus de production des données. Mais dans le cas contraire, il faut mettre en place des systèmes de veille et d’alerte pour repérer ces signaux faibles et les interpréter. Là encore, la mise en place d’une veille collaborative optimise ce processus. Ainsi la Vigilance marketing consiste avant tout à mettre en place les outils « d’écoute et d’action » les plus pertinents pour l’entreprise.
  3. Développer des modèles hautement évolutifs. Il est en effet nécessaire de réagir immédiatement en fonction des résultats obtenus. Il faut donc établir des processus de modélisation et de création qui permettent d’effectuer facilement toutes les optimisations nécessaires sans enrayer la dynamique générale d’un projet. Les méthodes lean[2] ont déjà répondu en partie à cette problématique, notamment appliquées au domaine de l’entreprise, mais ont rarement été envisagées à une échelle aussi globale.

Une valeur essentielle partagée : l’impératif éthique. Là encore, 3 points fondamentaux se dégagent :

  1. D’abord, comme l’avait brillamment remarqué Jaron Lanier[3] il y a quelque temps, notre utilisation du Web est conditionnée par le « design originel de l’Internet ». L’idée, c’est que les normes et les standards technologiques du Web, à travers le code informatique, induisent une philosophie particulière et une manière nouvelle de voir le monde. La première spécificité du Web c’est qu’il est un lieu de liberté où la notion de propriété, notamment en matière de droit d’auteur, nécessite d’être redéfinie[4].
  2. Pour garantir les conditions de la confiance, il faut plus de transparence. Il est donc urgent d’instaurer de nouvelles formes de médiation, indépendantes des pouvoirs officiels et qui puissent garantir le respect des droits de chacun (individus ou organisations) quant au traitement des informations et des données produites. C’est le principe de tiers de confiance, qui répond également aux exigences scientifiques, car la constitution des échantillons et leur analyse, conditionnent leur interprétation.
  3. Enfin, pour garantir des conditions équitables de gouvernance des échanges, il faut une approche démocratique qui garantisse à chaque individu ou organisation, en tant que consommateur, collaborateur et citoyen, des droits proportionnels et les conditions nécessaires pour les faire appliquer. Les données deviennent une monnaie d’échange. Il est à noter d’ailleurs que, produites pour être partagées avec l’aide d’un tiers de confiance, les microdata ne sont plus identifiées d’emblée comme des données sensibles à protéger. Par exemple, les données de santé, financières, commerciales, politiques, autrefois tenues secrètes, s’échangent aujourd’hui couramment à travers des groupes confidentiels ou même tout à fait publiquement. Pourquoi ce changement ? Parce que celui qui partage le fait pour obtenir quelque chose en échange, ce qui confirme le rôle du médiateur comme « banque de données » et chacune de ces données comme une monnaie d’échange (l’exemple le plus évident de cette situation est l’émergence des nouvelles monnaies virtuelles comme le Bitcoin, monnaies créées et gérées par les utilisateurs).

L’observance de ces principes fonde ce que nous appelons l’impératif de Vigilance. En redonnant la parole aux individus, dans une perspective C2B, on favorise une attitude collaborative et responsable qui va au-delà du simple partage vers une contribution mobilisée, un véritable engagement de chacun, qu’un simple clic ne suffit plus à annuler (comme dans un réseau social classique).

On trouve des exemples de cette nouvelle approche dans :

  • Les réflexions autour du VRM (Vendor Relationship Management), le crowdfunding, la consommation collaborative… (C2B : Consumer-to-business) avec un nouveau profil d’entreprise locale qui bénéficie d’un accès, et donc d’un pouvoir, global. Les marchés de niche s’en trouvent revalorisés. La tendance est fortement anti-étatique. Ces organisations pratiquent une stratégie de l’évitement (des impôts, des contraintes légales, etc.) que l’Etat favorise même partiellement (avec le statut d’auto-entrepreneur, par exemple). C’est ce qui s’est passé récemment avec la société de VTC, Uber, qui a déclenché la colère des taxis traditionnels, autrefois soutenus par l’Etat.[5]
  • Les systèmes collaboratifs de gestion de projets ou d’activités… (C2B : Coworker-to-business) avec une disparition progressive de l’entreprise telle qu’on l’a connue jusqu’à présent (c’est la thématique explorée dans l’ouvrage américain, Remote : no office required, sur l’expérience de travail à distance comme principe de structure d’une entreprise[6]). Par l’externalisation des ressources et par une simplification extrême de sa structure, elle s’en trouve profondément transformée, réduite même dans certains cas extrêmes à un simple compte Paypal ![7]
  • L’ouverture des données détenue par le secteur public, par exemple sous forme d’open data et qui déclenche actuellement un vif débat et fait entrer l’enjeu de l’accès aux données dans l’espace politique  (C2B : Citizen-to-Business). On sent les Etats désorientés sous la pression citoyenne et tentés de prendre des décisions dont les conséquences sont souvent mal évaluées. Le premier constat, c’est que le simple répressif ne marche pas, il leur faut donc, tant bien que mal, s’adapter (ex : l’échec relatif de la loi Hadopi, pratiquement inapplicable). C’est ça la vraie révolution du BYOData, dont le mot d’ordre est « Soyons Vigilants ! » : le citoyen cherchant par tous les moyens à contourner les lois et les contraintes et à étendre son champ d’action, ce que permettent précisément le Web et les réseaux sociaux.[8]

L’acceptation du BYOData passe donc par une redéfinition du travail, par l’ouverture de l’entreprise qui est l’occasion de responsabiliser et de motiver l’ensemble des acteurs de l’écosystème tout en valorisant les apports de chacun, clients, fournisseurs et partenaires compris. Et la grande nouvelle, c’est qu’il est trop tard pour s’interroger si c’est une bonne ou une mauvaise chose : le processus est déjà en marche. Il est donc plus impératif que jamais d’appliquer le principe de Vigilance qui répond au mieux aux exigences de ce nouveau système politique, économique et social.

Et vous, connaissez-vous d’autres initiatives qui vous paraissent s’inscrire dans la vision C2B ? N’hésitez pas à commenter cet article ci-dessous !

Pour lire la première partie de cet article : Les enjeux du big data et des microdata


[1] Sur ces notions, lire notre précédent article sur ce blog : « Brand, Buzz & Boycott : le Bon, la Brute et le Truand »

[2] Sur le concept de lean, lire Lean Startup, Eric Ries, éd. Pearson 2008 et Running Lean, Ash Maurya, éd. O’Reilly Media, 2012.

[3] Jaron Zepel Lanier « est considéré comme l’un des pionniers de la réalité virtuelle, et est à l’origine de l’interface Kinect, le périphérique destiné à la console de jeux vidéo Xbox 360 permettant de contrôler des jeux vidéo sans utiliser de manette. Il est surtout quelqu’un qui prône une plus grande prise en compte de l’humain dans les technologies. » Alexis Mons, Marketing et communication à l’épreuve des foules intelligentes – Eloge de la tension, FYP éditions, Collection Stimulo, 2012, p. 22. Le concept de foules intelligentes a été développé par Howard Rheingold (Foules intelligentes, M21 – FYP éditions, 2005).

[4] Sur le thème du logiciel libre, voir cet article.

[5] Pour en savoir plus à ce sujet, lire cet article 

[6] Remote : office not required, Jason Fried and David Heinemeier Hansson, Vermilion, 2013.

[7] C’est le phénomène des marketplaces et des plateformes de consommation collaborative. C’est aussi une source d’innovation dans l’entreprise : d’une part on s’aperçoit que les employés comme premiers clients de la solution proposée par leur entreprise est un critère de succès, et d’autre part on voit de plus en plus de solutions internes, validées par l’usage qu’en font les employés, devenir une solution commercialisée, surtout dans le domaine du Web (c’est l’exemple de Twitter, pour ne citer qu’un des plus célèbres).

[8] Sur ce sujet, lire l’article du Monde : « Les élites débordées par le numérique », Laure Belot, 26 déc. 2013.



Une réponse à “Vers un Web C2B : le principe de Vigilance à l’ère du BYOData – Partie II”

  1. […] Pour lire la seconde partie de cet article : Le principe de Vigilance : Ethique + Agilité […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Suivez l'actualité C2B sur Scoop.It!