article


C2B : Candid-to-Business. Le pouvoir des naïfs consacré par le Web.

« Keep it simple, stupid ! » Le candide, esprit simple et naïf, est-il le nouveau maître du jeu sur la planète Web ? Certes, l’individu en tant que consommateur, collaborateur et citoyen, est plus averti que jamais, plus informé. Il a pris le pouvoir sur le business et les institutions. C’est le phénomène C2B. Pourtant, à bien des égards, cet acronyme peut aussi bien signifier l’inverse : Candid-to-Business. Car la candeur est devenue aujourd’hui notre arme secrète de nouveaux héros démocratiques contre les dérives de la culture de masse.

croque-poissons-Cee2Bee-1

1. Nos ancêtres, ces idiots…

Je me souviens de Chesterton racontant avec quelle brusquerie et quelle brutalité, il avait un jour été appelé à faire partie d’un jury populaire[1]. Passée la surprise suscitée par la méthode de recrutement dont il avait eu à subir le rude principe, il en vint à apprécier la valeur, et même la nécessité, d’opposer aux spécialistes et aux professionnels de la justice le regard savamment ignorant et au final beaucoup plus juste, du néophyte, voire du touriste.

Georges Clemenceau n’avait-il pas défendu le même point de vue lorsqu’il déclarait la guerre (si j’ose le dire ainsi) une chose trop grave pour la confier aux militaires ? L’extension du domaine de cette lutte[2] ne connaît pas de limites : la littérature, disait Henry James, doit être faite pour les esprits les plus simples.

Les fous du roi, de Shakespeare à Hugo[3], jouaient surtout le rôle de caisses de résonnance du pouvoir, mais ils faisaient déjà partie de la famille. Et toute la tradition romanesque européenne vient de ce Pierrot[4] sublime, ce David[5] halluciné, hidalgo de la Mancha, qui chassait des Goliath à contre jour et chargeait sus aux moulins sans plisser des yeux (comme tout chevalier héroïque qui se respecte)[6].

Mais c’est le XVIIIème siècle, rappelons-le, qui institutionnalisa le rôle du naïf[7] comme regard critique plus fondé en vérité et plus acéré que celui du plus perspicace des philosophes de métier : on vit soudain se multiplier les innocents[8], les étrangers[9], les simples d’esprit, les valets de ferme jetés dans le tohu-bohu de la capitale[10], les bons sauvages et les Indiens importés des îles[11] et le Perse épistolier de Montesquieu[12].

La grande différence avec les Sganarelle[13] de l’époque précédente, c’est qu’ils auront désormais presque toujours raison et que c’est le monde sensé et civilisé qui se trouvera, par eux, révélé à la lumière du ridicule.

La période industrielle a développé une culture populaire, voire populiste, qui a eu pour but d’alimenter un marché effréné et très rentable. Le peuple candide était consommateur de publicités et de biens produits en quantités astronomiques (période faste du B2C), mais la crise est passée par là. Dans le même temps, l’apparition du Web et des réseaux sociaux a contribué à changer la donne.

Aujourd’hui, on assiste à un phénomène nouveau et massif : le candide a vraiment pris le pouvoir. Le candide, c’est nous, consommateurs, collaborateurs ou citoyens. Et c’est aussi dans notre naïveté même que nous trouvons matière à nous défendre, à contrer la culture de masse, à ouvrir de nouvelles voies vers un équilibre plus juste entre l’individu et les institutions. C’est le sens du concept C2B : une révolution à la fois individuelle et collective, en un mot, collaborative.

2. Spécialistes professionnels contre généralistes amateurs.

Deux cents ans après les Lumières, Chesterton nous dit : « Jusqu’ici, notre époque a invariablement été portée vers la spécialisation et le professionnalisme. Nous sommes enclins à avoir des soldats qualifiés parce qu’ils combattent mieux, des chanteurs qualifiés parce qu’ils chantent mieux, des danseurs qualifiés parce qu’ils dansent mieux, des rieurs spécialement entraînés parce qu’ils rient mieux, et ainsi de suite. Le principe s’est vu appliqué au droit et à la politique par d’innombrables auteurs modernes. »

Dans le monde du commerce, c’est même devenu une règle et un argument de poids pour convaincre et rassurer un client potentiel : « Soyez rassurés, nous sommes des spécialistes. » ; « Notre qualité est garantie, car nous sommes des professionnels. »

Mais le client est-il aujourd’hui réellement moins ignorant, ou juste plus méfiant ? Ayant pris conscience de sa naïveté, de sa faiblesse, il se renfrogne, il devient récalcitrant. En est-il pour autant mieux informé ? Pas nécessairement. Ce qui a même tendance à le rendre encore plus rétif, parfois sans fondement.

Qui est le vrai naïf, ici, d’ailleurs ? Le vendeur que la société a mis dans une telle position qu’il ne peut plus exercer son métier sans dépenser sans cesse des tonnes d’énergie à rassurer ses interlocuteurs sur l’honnêteté de ses intentions ou le client qui est censé oublier d’un coup toute la défiance que cette même société lui a préalablement enfoncé dans le crâne ?

Le phénomène dépasse le simple cadre de la vente. La même défiance s’applique entre citoyens et élites politiques, patients et médecins, salariés et employeurs. Du coup, les institutions et les autorités, désemparées, ont du mal à trouver des réponses appropriées. Certaines réagissent par la répression pure et simple, d’autres au contraire tentent de flatter la « foule intelligente »[14] qui compose leur clientèle. Parfois jusqu’à l’absurde.

Prenons un exemple médical : L’aspartame, un édulcorant très étudié et largement utilisé, n’a jamais démontré aucun problème de santé publique. Récemment, une rumeur s’est développée sur le net, basée sur d’hypothétiques études secrètes qui prouveraient sa toxicité.

Conséquence : progressivement l’aspartame est retiré des produits commercialisés sous la pression de cette rumeur. Actuellement, on peut même voir le spot TV d’une chaine de centres commerciaux qui annonce ne plus vendre de produits contenant de l’aspartame parce que c’est un produit « controversé » et que c’est ainsi la preuve qu’ils écoutent leurs consommateurs !

Coupable et victime, présumés. Un titre pour fable moderne.

3. Nos clients, nos grands enfants…

Comme l’illustre l’exemple de l’aspartame, les professionnels envisagent souvent encore leurs clients, et parfois il est vrai à bon droit, comme on regarde des enfants fantasques et capricieux : on s’efforce à la patience mais le froncement de sourcil et le renversement des humeurs menacent sous chaque mot aimable lancé dans la négociation.

Des tentatives ont été faites d’apprivoiser le client un peu comme on domestique un animal sauvage : comme Chesterton en son temps, on le capture, on l’isole avec quelques-uns de ses congénères, et on donne un nom scientifique à cette escouade improvisée : panel, échantillon, focus group.

« L’autre jour, (…) je fus (…) empoigné et déposé sur un banc de jurés pour y juger des gens. »[15]

Cette méthode, pour imparfaite qu’elle puisse être a donné pourtant déjà quelques résultats : le client a ainsi pris de plus en plus de place dans la stratégie générale des entreprises. La notion de service est ainsi devenue un enjeu économique majeur de tous les instants, ce qui a eu aussi des conséquences sur la manière dont on a envisagé l’innovation.

Pourtant est-ce la seule réponse envisageable pour autant ? La pratique du lean development[16], prônée par certaines startups, cherche plutôt à impliquer le consommateur dans le cycle de création du service ou du produit par une approche expérimentale et itérative : les focus groups d’hier sont remplacés par des early adopters, volontaires et motivés par la perspective d’obtenir ainsi un produit qui réponde vraiment à leurs besoins, leurs envies et leurs moyens.

La pratique du lean passe par la création d’un MVP (Minimum Viable Product), le service/produit minimum pour un usager qui va le tester, valider la solution qui lui est ainsi proposée et contribuer à son amélioration par des tests qualité et des retours d’expérience utilisateur. Cette contribution est telle, qu’elle peut entraîner une complète remise en question du service/produit ou du modèle économique : on parle alors de pivot.

La première étape est donc de créer une version simple, voire simpliste du service/produit qui sera à terme commercialisé auprès du public.

4. Kiss, le rasoir d’Occam et Madame Bovary !…

Il ne s’agit pas ici de Kiss, le célèbre groupe de hard rock, qui était « né pour nous aimer »[17], mais du principe KISS : « Keep It Simple, Stupid »[18]. « Stupid », qui rime avec « Candid », comme de bien entendu…

Ce principe peut être considéré comme une variante du fameux rasoir d’Occam[19] dont l’énoncé moderne se traduit comme suit : « Les hypothèses suffisantes les plus simples sont les plus vraisemblables ».

Et madame Bovary[20] dans tout ça, me direz-vous ? C’est ce qu’en dit Henry James, qui nous intéresse :

« Sans présenter Flaubert comme un pur feuilletoniste, ou son art comme une variante du golf ou de la bicyclette, on serait loin de lui rendre justice en ne disant pas avec force qu’un chef-d’œuvre comme Madame Bovary, par la manière dont il a été fait, peut avoir la faveur des esprits les plus simples. »[21]

Et un peu plus loin : « chacun y trouve quelque chose pour lui. (…) Que demander de plus ? »

Robert Louis Stevenson[22], grand ami de James constatait de son côté, que Robinson Crusoë[23] s’adresse aux « esprits les plus simples comme les plus cultivés ». Il y voit la marque commune à tous les grands classiques. Vous savez, ces ouvrages qu’on recommande justement en premières lectures… aux enfants !

C’est ce qui expliquerait par exemple que le livre de Daniel Defoe est sans cesse réédité depuis des siècles, alors que le Clarissa Harlowe[24] de Samuel Richardson, écrit à la même époque et qui avait pourtant reçu un beau succès à sa sortie, dort le plus souvent sur nos étagères…

S’adresser aux esprits les plus simples comme les plus cultivés, c’est troquer la logique artiste de la littérature (point de vue aristocratique) pour une logique marchande du livre (point de vue démocratique).

5. Le marché démocratique : entre pitch et kitsch.

Dans une culture structurée par le marché, le pitch est d’une importance capitale. Un pitch est à une offre commerciale, un projet technologique, politique ou sociétal, ce que le synopsis (book proposal) est à un livre. C’est un résumé argumenté, vendeur, qui contient un hook, un énoncé clair et concis du contenu en une phrase appelée unique value proposition.

Un pitch réussi permet de lever des capitaux sur un coin de table de restaurant, ou dans un ascenseur, il doit aussi répondre à la question de la cible, du débouché : à quel type de public veut-on s’adresser avec ce projet ? Sur le marché démocratique, tout le monde peut produire un pitch (créer une startup, devenir acteur, chanteur ou écrivain) et tout le monde peut investir sur le pitch de quelqu’un d’autre (crowdfunding, business angels).

Dans un monde où chacun est à la fois, créateur et consommateur d’innovations (prosumer), de produits et de services (idéal communiste), les centres d’intérêt se sont déplacés : le professionnel devient plus accessoire, parfois purement alimentaire, et le hobby peut alors devenir le projet central, the real thing in the real life.

Ainsi, les garçons coiffeurs qui rêvaient du rôle de Figaro se voient désormais comme des chanteurs d’opéra employés provisoirement en salons pour dames, les directeurs Marcom sont des poètes qui écrivent des slogans publicitaires à temps perdu et les CEO sont des astronautes, des pilotes de F1, des penseurs ou des chercheurs qui dirigent entre deux voyages, deux Grand Prix, deux séminaires, deux conférences, des entreprises cotées en milliards de dollars… Et tous, ou presque, ont signé au moins un authentique best seller dans leur vie. Leurs employés, quant à eux, se contentant de compiler des livres blancs en attendant leur heure de gloire.

Toute cette simplicité mise à notre portée nous rend plus compétents en tous domaines et contribue, paradoxalement, à nous rendre plus complexes : « homo duplex »[25] disait Verlaine, mais nous sommes aujourd’hui beaucoup plus que ça, nous sommes « homo multiplex ».

Ajoutez à cela un autre phénomène : nous sommes tous devenus consumers first. Consommateurs avant d’être collaborateurs ou citoyens car toutes les sphères culturelles, toutes les bulles religieuses ou politiques, tous les marchés du globe se fondent dans un marché unique, universel, celui des médias et de l’information, dont le fleuron technologique et idéologique est le World Wide Web. Et c’est sur cette base que se fonde notre nouveau pouvoir, et la fin de notre innocence.

Sans approche C2B, on peut dire : « L’infantilisation et la simplification sont devenues, en quelque sorte, la règle tacite qui régit le discours public, la lingua franca de l’opinion. On raconte (ce qui revient à colporter des ragots) la philosophie au lieu de philosopher, on imite la littérature au lieu d’en écrire, on blablate à propos de la culture au lieu de la promouvoir, on traite de sujets politiques, tout en veillant à rester politiquement correct, au lieu de penser le politique. »[26]

Dans ce tohu-bohu, ce Babel vertigineux, plus personne n’écoute vraiment les autres. Pas le temps. Il y a tellement à dire. Le danger, entre autres, c’est la qualité de ce qui est ainsi produit.

« Les valeurs de la culture de masse, bien que cette affirmation puisse surprendre, peuvent être comparées à celles de l’amateurisme qui a fleuri sous le régime communiste et joué un rôle éducatif important.

La prémisse fondamentale du marché est son caractère démocratique. Tout le monde y est le bienvenu, en tant que consommateur, mais aussi en tant que producteur (tout le monde peut écrire un livre, peindre un tableau ou devenir une star de la musique pop). »[27]

Toute cette production cherche à plaire à des communautés, des focus groups,  au nom de ces communautés. Ainsi, très naturellement, « le marché fabrique des produits « globalisants » parfaits », entendez des stéréotypes, du kitsch, comme l’appelle Milan Kundera[28].

« L’industrie de la télévision américaine, par exemple, produit en abondance des sitcoms destinés à des groupes ou sous-groupes de la société américaine, selon des critères de race (pour les Chinois, les Coréens, les Portoricains, les Cubains, les Noirs), des critères sociaux (pour les pauvres, la classe moyenne, les riches), des critères de préférence sexuelle (pour les gays, les lesbiennes, les hétéros), des critères d’âge (pour les adolescents, les jeunes, les personnes d’âge moyen, les seniors), des critères de sexe (pour les hommes, les femmes), des critères professionnels (pour les étudiants, les médecins, les avocats). »[29]

Quelle que soit la forme qu’elle prend, la culture de masse « ne renonce jamais à sa prémisse fondamentale : elle est démocratique (accessible à tous) »[30]. Et elle vulgarise à souhait, elle simplifie pour être comprise, consommée par tous.

Du pitch au kitsch.

6. J’ai beau être illettré, j’ai quand même le droit de voter !

« Le Guardian, dans l’un de ses numéros de novembre 1997, a publié une vive polémique épistolaire entre David Lee, critique d’art, et Tracy Emin, jeune artiste et galeriste à succès. Lee avait osé avancer que la majeure partie de la production artistique moderne était du bluff (a confidence trick) ; il reprochait avant tout aux jeunes artistes d’être des illettrés. Devant cette accusation, la jeune femme s’insurgeait : What if I am illiterate ? I still have a right to a voice !

Cette réponse recèle la prémisse fondamentale de l’industrie de l’art contemporain. Sur un marché démocratique, chacun a le droit de faire entendre sa voix. Pendant des siècles, l’art, à quelques exceptions près, a été la chasse gardée des gens instruits. Le marché crée aujourd’hui l’illusion que ses portes sont ouvertes à tout le monde. Qui plus est, l’expérience montre que les artistes ignares rencontrent plus souvent le succès que les artistes cultivés. »[31]

C’est entendu. Mais y a-t-il un effet positif à en attendre ? La réponse est oui, et d’un point de vue C2B, c’est même plus qu’un simple effet positif, c’est un miracle.

Retournons du côté de Chesterton, que nous avions abandonné, impressionné et presque terrifié, sur son banc de juré, avec ses onze comparses, au moment où il doit décider, en son âme et conscience du sort d’un autre être humain : la vie ou la mort ? Que nous dit-il exactement ?

7. Top sales : candeur avec morale intégrée !

« Ce qui est horrible chez tous les gens de loi, (…) c’est simplement qu’ils s’y sont habitués. A strictement parler, ils ne voient pas le prisonnier à la barre : tout ce qu’ils voient, c’est l’homme habituel à la place habituelle. Ils ne voient pas l’horrible cour de justice : ils voient leur lieu de travail. »[32]

Mais lui, le touriste, le néophyte, il voit tout. L’habitude n’a pas encore posé sur ses yeux le bandeau opaque de la justice.

C’est ça, le miracle : un paradoxe qui devient réalité.

Le paysan se soucie moins d’écologie que le citadin qui n’a jamais travaillé la terre ni trait une vache. Leur vision de la nature est radicalement différente. L’une est-elle plus légitime que l’autre ? On constate en effet dans le même temps un développement de l’idée que « c’était mieux avant », du temps du bio et du naturel versus l’industrie chimique et alimentaire, par exemple. Pourtant, force est de constater qu’on n’a jamais vécu si longtemps et en bonne santé…

Plus grande est l’échelle d’expressions, plus importants sont les risques d’un appauvrissement du message, de l’émergence de rumeurs et des populismes. A terme, le message ne se distingue plus du bruit ambiant. L’approche C2B préconise alors de concentrer l’action et la communication autour de petits groupes, sur des sujets et des projets précis, en associant les expertises de chacun, plutôt que de continuer à développer des réseaux sociaux globaux qui ne font qu’amplifier un phénomène déjà monstrueux par ailleurs.

L’amateurisme a du bon, étant considéré que chacun de nous est connaisseur dans un domaine précis au moins. Le regard du candide est même souvent mieux qualifié pour juger que celui du spécialiste, du professionnel, du businessman. Ce qu’il y perd parfois en technicité, il le gagne en passion, en motivation, en engagement, au sens positif de tous ces termes.

C’est le credo des inventeurs, des visionnaires et des startups dans une perspective C2B : Candid-to-Business.

Et c’est là précisément qu’on retrouve notre bon vieux Clemenceau qui abat Sun Tzu, Machiavel et Clausewitz d’une seule phrase, d’un seul caillou bien lancé en ricochet : « la guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires. » Cependant, comme l’espérance de vie s’est allongée, le coût en vie humaine est devenu trop important pour la confier à de jeunes appelés. Résultat : pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, la paix est devenue plus rentable que la guerre.

Et Chesterton de conclure : « Notre civilisation a décidé, et fort justement, que déterminer la culpabilité ou l’innocence des hommes est un acte trop grave pour qu’on le confie à des hommes qualifiés pour cette tâche. (…) Quand elle désire que soit accompli quoi que ce soit de vraiment sérieux, elle réunit douze hommes ordinaires traînant dans les parages. C’est ce que fit, si je me souviens bien, le fondateur du christianisme. »[33]

Quelques hommes ordinaires se réunissent autour d’un projet et le réalisent avec leurs petits moyens, en dépit du reste du monde : au royaume des candides et des paradoxes, les startups et l’innovation sont reines, Jésus est même leur saint patron !

8. Aux innocents les mains pleines…

Nous faisons grand cas de notre expertise et de notre savoir, nous mettons souvent en avant notre expérience, notre intelligence affûtée, notre capacité à gérer les situations les plus compliquées, à transmettre tout ce trésor aux plus jeunes, aux moins aguerris…

Un jour, un jeunot, un simplet, un moins que rien, au lieu de manger dans la main auguste de son aîné, a le toupet d’exprimer une idée, une idée dérangeante, ridicule, qui remet en question un système qu’il ne maîtrise même pas.

Une idée qui plaît, qui fait son chemin, qui séduit.

Une idée qui nous dépasse – Candid-to-Business.

9. Comme un chien dans un jeu de quilles.

Ce blanc-bec, c’est peut-être la dernière recrue du service, fraîchement émoulue d’une école prestigieuse, ou bien même sans diplôme ni qualification[34] ; c’est aussi la startup qui débarque de nulle part avec, dans ses cartons, un projet ambitieux, aussi impertinent que décalé, le genre de projet qui fait sourire tout le monde jusqu’au jour où ils ont tellement de traction que du jour au lendemain les rigolos deviennent les rois du pétrole.

Un moustique autour d’un lion, qui buzze jusqu’à le rendre fou. Don Quichotte défiant des moulins. David, simple berger, qui gagne son titre de noblesse en abattant le géant Goliath d’un seul caillou bien lancé – une fronde, un caillou, un géant à abattre : une vraie startup, quoi !

Parfois c’est un géant et on devient alors géant à sa place, parfois c’était juste un moulin…

La startup, c’est d’abord un esprit de remise en question du mode de pensée « professionnel » ; ça commence toujours par un « et si on faisait autrement ? ». C’est le principe premier de l’innovation. Contre les lois du marché et parfois même contre les lois de la cité. Ou au moins en dépit d’elles.

C’est un chien dans un jeu de quilles.

10. Barbares, assassins et autres agents de la révolution collaborative.

C’est la raison pour laquelle c’est aussi une question de foi. De foi moderne, en une certaine Providence, qui tient son modernisme du fait qu’elle se confond avec une certaine Provende. Une Providence matérialiste, en quelque sorte…

Seuls les vrais naïfs, les naïfs positifs, ont ce genre de foi.

Et ils sont nombreux.

De plus en plus nombreux.

Et ils ont pris conscience du pouvoir de leur naïveté. Ils ont été élevés comme ça. Ce sont les nouveaux barbares, qui menacent la civilisation, qui mettent le feu aux bibliothèques, qui brisent les icônes. Ils font pire que de renier le passé : ils l’ignorent délibérément, farouchement, tout à leur joie sauvage d’exister, en hordes fraternelles, piaillant et pillant.

Car ils s’assemblent. Et ce phénomène porte un nom : révolution collaborative. Fab labs, énergies renouvelables, objets connectés, plateformes collaboratives : c’est l’avènement du prosumer (le consommateur est aussi le producteur) pour reprendre la terminologie de Alvin Toffler[35], reprise par Jérémy Rifkin, notamment dans son dernier ouvrage : Zero Marginal Cost Society[36].

Leur cible commune : le capitalisme tel que nous l’avons connu jusqu’à présent. Le capitalisme comme idéologie. La monnaie aussi est remise en cause : le bitcoin et toutes les devises alternatives bouleversent les équilibres économiques et financiers mondiaux. L’énergie elle-même échappe au monopole de l’Etat.

C’est une guerre. Peut-être la première guerre pacifique mondiale.

Elle n’est pas menée par des militaires professionnels (Clemenceau avait donc raison), mais par des amateurs. Il est significatif d’ailleurs de noter que le vocabulaire autour des startups et des nouveaux modèles économiques émergents emprunte aussi à l’univers des tueurs en série : des serial entrepreneurs profilés par des investisseurs « tuent le marché ».

Uber assassine les compagnies de taxis, les fab labs détruisent le modèle économique des grandes marques d’électro-ménager et de hifi qui repose sur les garanties SAV et les pannes programmées. Partout des copycats apparaissent tant et si bien que les autorités sont vite débordées, autant que le sont les politiques.

« Voici venu le temps des assassins[37]…»

Des armées de petits David, soldats amateurs, abattant des légions de géants Goliath, soudards professionnels…

11. Crowd with crown : le bien du plus grand nombre.

… pour le bien de tous.

En effet, les business models alternatifs et les « foules intelligentes » ne se contentent pas de mettre à mal l’économie d’échelle du capitalisme. Ils ouvrent également, grâce aux technologies de l’information et notamment au Web, de nouvelles voies pour l’action collective, la recherche et l’innovation.

La foule, les esprits les plus simples, ont perdu confiance en leurs représentants, qui n’apparaissent plus auréolés de leur expertise, de leur savoir et de leur sens du dévouement à leur mission, à leur cause. Leur sincérité est remise en question, et concurrencée par « l’authenticité » de la démocratie pratiquée en direct. En direct à la télé, depuis plusieurs décennies déjà, et depuis peu, en direct sur le Web, et même mieux qu’en direct : en temps réel.

Car dès lors qu’on n’est plus simple spectateur mais acteur de sa propre économie, de sa propre destinée, de sa propre santé[38], il faut que tout le monde puisse intervenir de manière équivalente et coordonnée, quelles que soient les circonstances. C’est même un des enjeux principaux. Collaboratif et égalitaire allant de pair.

On entend beaucoup parler du crowdfunding, qui permet à des particuliers, des novices, de financer des projets qu’ils ont envie de voir se réaliser, et ce dans tous les domaines : artistique, scientifique, industriel, informatique, social, etc. Ce mouvement a frappé les esprits, notamment parce qu’il touche directement à l’argent. Mais l’approche C2B est bien plus large encore.

Dans notre article précédent, sur ce même blog[39], nous avons évoqué la nécessité d’imaginer de nouveaux modèles pour compléter et en partie remplacer les réseaux sociaux du Web tels que nous les connaissons depuis 10 ans : des réseaux collaboratifs privés.

12. Sérendipité et vertus du hasard.

Car ce qui est en jeu ici, c’est l’intelligence et l’action collectives. On en voit déjà les effets un peu partout : il y a quelques années, le SETI lançait un programme qui utilisait, avec l’accord de leurs propriétaires bien sûr, les ressources des ordinateurs des particuliers pour faire tourner les logiciels qui décryptaient en permanence les ondes radio captées dans l’espace autour de la Terre. Ceci dans l’espoir de découvrir la preuve d’une intelligence extraterrestre[40].

La philosophie des Wikis transpose cette logique au niveau de la mutualisation des savoirs. Renouant avec l’idéal des encyclopédistes des Lumières, mais sans les encyclopédistes. Les MOOC prolongent cette vision en proposant des cours d’apprentissage sans classes et bientôt peut-être, sans professeurs. Des écoles existent déjà sur ce principe : les élèves les plus doués enseignent aux autres. Leurs rôles s’échangent en fonction de leurs points forts et de leurs compétences.

Depuis peu, la recherche scientifique a recours de plus en plus fréquemment à la foule pour repérer des phénomènes soit pour contourner la difficulté d’avoir des serveurs assez performants pour effectuer les calculs nécessaires, soit parce que l’esprit humain apporte un bénéfice spécifique qu’aucun logiciel ne peut produire.

Pour stimuler cet apport, on crée alors des jeux et des simulations. Le procédé a, entre autres, été utilisé dans la recherche sur le SIDA[41], sur le cancer[42], plus récemment en astronomie, en zoologie[43], etc. L’invention, la découverte, se font par des rapprochements en partie fortuits. Pour décrire ce phénomène, on a recours au terme inventé par Horace Walpole : sérendipité[44].

D’un point de vue personnel et donc aussi collectif, la sérendipité peut se cultiver, se provoquer par une « attitude d’esprit, un style de vie, combinant ouverture à l’expérience, curiosité, sagacité, résilience et happenstance ».

Il y a quelques semaines, une utilisation très opérationnelle en a été faite : lorsque l’avion de Malaysian Airlines a disparu en mer, on a sollicité une foule de particuliers pour effecteur des recherches visuelles à partir de clichés pris par satellite[45].

Quel que soit le secteur de la société où l’on porte son regard, le même constat s’impose : la foule des candides s’est emparée du pouvoir. It’s a crowd with crown.

13. Pangloss contre Bourriquet.

Face à cette situation, les réactions sont très vives et très tranchées. C’est une guerre, avons-nous dit, ne l’oublions pas. Une de ces choses trop graves et trop sérieuses pour qu’on ne les confie qu’à des professionnels ou des experts. Les deux camps en présence divergent notamment par la manière dont ils envisagent les répercussions de tous ces changements sur notre avenir proche.

D’un côté, on a les optimistes, les Pangloss[46], qui y voient une avancée, un progrès pour l’humanité, « dans le meilleur des mondes possibles » ; de l’autre, il y a les Bourriquet[47], les sceptiques et les pessimistes, qui se déclinent en apocalyptiques, mélancoliques, barbants et autres élitistes[48] et qui s’obstinent à donner de la voix contre la foule, même si personne ne les écoute.

Résultat : tout le monde parle, tout le monde écrit. C’est le sens de l’histoire et le comble de la démocratie. Tous ces messages créent une sorte de bruit, et il faudrait, comme le SETI pour les extraterrestres, recourir à l’aide de la foule pour pouvoir les isoler, les analyser et les restituer. C’est pourquoi les Bourriquet semblent pour l’instant en passe de perdre la partie.

Faut-il rappeler, comme Michel Serres, la réalité de la pratique du savoir avant Gutenberg ? L’écriture avait permis de fixer des éléments hors de la mémoire, mais le travail des copiste étant long, fastidieux, et toujours sujet à caution, le savant se devait de connaître par cœur l’intégralité du savoir d’un domaine avant de l’exploiter. La mémoire jouait donc un rôle prédominant sur le savoir, au détriment de l’imagination et de la raison.

C’est l’imprimerie qui permet de démocratiser le savoir, et de libérer les élites de la nécessité de tout connaître. Désormais il suffit de retenir la référence d’un livre, d’aller dans une bibliothèque ou chez un libraire et de consulter l’ouvrage pour y retrouver, intact, authentique, le savoir recherché. Mais les livres étant précieux, leur accès était encore majoritairement réservé aux élites.

Avec l’avènement des TIC, chacun a accès à tout moment à l’intégralité de ce savoir. La démocratisation est totale. C’est un progrès immense. Le savoir n’est plus concentré dans des lieux fermés, interdits aux profanes, il est distribué également pour tous, novices ou initiés, et chacun peut en user à loisir.

La valeur de l’information et des connaissances s’en trouve donc altérée, redéfinie. Et Michel Serres de conclure, un brin pince-sans-rire : « Nous sommes condamnés à être intelligents. »

14. « L’homme sans facultés. »[49]

Ces dernières années, dans ses ouvrages ou au cours de conférences[50], Michel Serres a employé l’expression d’ « homme sans facultés » pour décrire les changements que les NTIC sont en train d’opérer chez l’être humain. Voici son explication :

Ce qu’on appelle l’entendement repose sur l’usage de trois facultés naturelles chez l’homme, que sont la mémoire, l’imagination et la raison. La théorie de Michel Serres consiste à dire que le Web, les ordinateurs, les tablettes, les smartphones sont des prothèses pour l’esprit qui prennent en charge l’essentiel de ces trois facultés.

La mémoire devient moins nécessaire aux hommes puisqu’ils disposent d’une mémoire externe quasiment infinie et disponible à tout moment grâce à leurs machines. On a vu avec la sérendipité que le même phénomène existe au niveau de l’imagination et de la raison. Le generative design[51], par exemple, permet de produire des œuvres visuelles qui sont à la fois informatives (exploitables dans un but professionnel) et artistiques (elle acquièrent une valeur « en soi », même sans référent pratique).

On pourrait multiplier ces exemples à l’envi.

Délivré de l’obligation de se souvenir, d’imaginer ou de raisonner, l’homme moderne peut se consacrer entièrement à la création de nouveaux systèmes en cultivant cette attitude d’esprit que nous évoquions plus haut, ce happenstance.

Une nouvelle forme d’être et de pensée. Un homme nouveau.

L’homme ordinaire est devenu extraordinaire.

Chesterton, encore lui, en avait reconnu les premiers indices, mais à l’époque c’était encore lié à un processus de flatterie moderne : « La méthode moderne consiste à prendre le prince ou le riche, à donner une image crédible de son type de personnalité – c’est un homme avisé, un sportif, un amateur d’art, il est de bonne compagnie ou bien réservé – puis à exagérer énormément la valeur et l’importance de ces qualités naturelles. »[52]

La culture populaire, mode d’expression favori de la foule des candides délivre tous les jours ce message. Comme dernièrement dans le film Kick-Ass[53] : tout le monde aujourd’hui est un prince, un riche, un super-héros du moment qu’il en prend la décision, qu’il ose accepter sa vraie nature de surhomme, au-delà du bien et du mal, au-delà de son incrédulité et même du ridicule : il lui suffit, en un mot, de retrouver sa candeur naturelle, de s’appliquer à lui-même la mise en condition que Coleridge recommandait à tout lecteur de poésie et de fiction littéraire : a suspension of disbelief[54].

Mais prenons un autre film : Will Hunting[55]. C’est la même logique qui s’applique. Un jeune homme, sans avoir jamais fait d’études dans une grande école, se révèle un génie des mathématiques. Son savoir n’est pas inné : il a lu, étudié et compris tous les livres par lui-même. C’est le parfait autodidacte. Autre fait nouveau : la société ne le punit pas pour sa transgression, elle l’accompagne, l’encourage, elle dialogue avec lui, elle s’adapte à lui. La société change.

Magie du C2B.

Will Hunting ou Kick-Ass : dans les deux cas, l’action compte donc désormais autant que la pensée. Pour prouver le mouvement, réfuter le paradoxe de Zénon[56], Diogène se lève et marche. Un pitch parfait : percutant, vendeur, self-confident, sans un mot de trop, sans aucun mot. Car les cyniques croient beaucoup en eux-mêmes. Au-delà donc des optimistes (Pangloss) et des pessimistes (Bourriquet), ce sont les cyniques qui représentent peut-être le mieux notre philosophie moderne.

Un cynisme positif. Un cynisme enthousiaste de génie ou de super-héros.

Croire en soi, comme nos ancêtres croyaient en Dieu et en leurs leaders, suffit aujourd’hui pour être maître du monde. Nous vivons tous mieux, dans de meilleures conditions et plus longtemps que tous les monarques et tous les empereurs de notre histoire. A bien des égards, nous avons plus de pouvoir qu’ils n’en ont jamais eu, plus de loisirs, de plaisirs, de temps, d’espace, et plus de liberté.

15. Candide super-héros.

Nous avons des corps plus beaux, qui vivent plus longtemps que ceux de nos ancêtres. Nous nous affranchissons toujours plus des limites spatio-temporelles. Les technologies de l’information sont pour nous un exosquelette puissant. Nos esprits délivrés des obligations de la mémoire, de la raison et même de l’imagination sont des esprits « blancs », premier sens du mot candide[57].

C’est une tabula rasa[58]. Quel principe actif reste-t-il alors à chacun d’entre nous ? La volonté, le jugement, le pouvoir de décision. Le monde, traduit en permanence pour nous, sous la forme d’indicateurs dans des tableaux de bords, nous disposons d’une masse croissante, fluctuante de données.

A la fois des données personnelles (culte de soi, auto-promotion et monologues généralisés, selfies, quantified self), professionnelles (big data, networking, services automation) et universelles (crowd-research, objets connectés, open data).

L’homo multiplex est donc un amateur professionnel qui a accès en temps réel à la totalité des savoirs, des informations et des opinions.

Il est éminemment candide, éminemment intelligent.

Il vit en groupes, en équipes.

Car nous nous rassemblons.

Nous sommes des Candides super-héros.

La Candid League[59].

Kick Ass !

16. Le présent de l’éternelle vigilance.

Touriste global, amateur universel, consommateur permanent, travailleur ubiquitaire, citoyen sans frontières : il y a du divin dans cette nouvelle humanité. Il ne lui manque plus que d’être immortelle.

En attendant de réaliser ce rêve ultime d’alchimiste, on peut multiplier les selfies : avant, on assistait à un concert en acceptant d’être une ombre parmi les ombres dans une grotte platonicienne[60], en chantant en chœur avec le groupe sur scène : Ibant obscuri sola sub nocte per umbram ![61]

Aujourd’hui, on tourne le dos à la scène pour mieux prendre son visage en photo et en gros plan, avec en toile de fond la superstar du soir, floutée par les jeux des lumières, qui agite ses bras comme un moulin, un géant de pacotille, déjà oublié… Dans 10 ans, le chanteur ne sera plus à la mode, son quart d’heure aura passé, mais nous, notre visage, le vrai événement, le vrai centre du monde, nous resterons à jamais les héros démocratiques du nouveau monde, celui de notre immortalité, the real thing in the real world.

L’accélération du monde est si importante que le passé même le plus récent est aussitôt archaïque. Il a perdu toute valeur de référence. Michel Serres rapporte à ce sujet que la rotation des mots anciens et nouveaux est telle désormais dans nos dictionnaires, qu’en 30 ans aujourd’hui, la langue change autant que du Moyen Âge jusqu’à nos jours !

Quand à l’avenir, il arrive si rapidement, en flux continu, qu’il ne se distingue plus vraiment du présent.

Résultat : seul le présent compte vraiment. Un présent permanent, délivré des pesanteurs du passé et des angoisses de l’avenir. Un présent serein de gardien, de veilleur : ce que nous sommes tous devenus ou appelés à devenir.

Des veilleurs qui analysent en permanence, régulent, corrigent, décident, dirigent le monde ensemble.

Le présent de l’éternelle vigilance.

17. Manifeste des Candides.

« Nous, consommateurs, collaborateurs et citoyens du 21ème siècle, nous partageons tous le même super pouvoir, la même arme secrète, à deux facettes : la super-intelligence et la super-candeur.

Parangons du nouvel ordre démocratique du monde, nous sommes des naïfs avertis, gardiens vigilants du C2B : Candid-to-Business, dans un monde où tout est devenu possible, connaissable, imaginable et calculable.

Un monde où le passé, le présent et l’avenir appartiennent également à tous et à chacun. »


[1] G. K. Chesterton, « Les Douze Hommes », in Le Paradoxe Ambulant, 59 essais choisis par Alberto Manguel, éd. Actes Sud, 2004.
[2] Allusion au roman de Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, éd. Maurice Nadeau, 1994
[3] On peut lire à ce sujet : Le roi et le bouffon, étude sur le théâtre de Hugo de 1830 à 1839, Anne Ubersfeld, éd. José Corti, 1974
[4] Personnage de l’ancienne comédie italienne, qui fait sa première apparition en France sous la forme d’un paysan naïf dans Dom Juan ou le festin de pierre, de Molière.
[5] Le combat de David contre Goliath (Samuel 17, 1-58) : David, encore adolescent, abat le géant Goliath, héros des Philistins, d’un coup de fronde.
[6] On aura reconnu L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Mancha, Miguel de Cervantes, 1605.
[7] Le personnage du naïf dans le théâtre comique du Moyen Âge à Marivaux, Charles Mazoyer, éd. Klincksieck, 1979.
[8] Candide ou l’optimisme, Voltaire, 1759.
[9] Utopie, Thomas More, 1516.
[10] Le Paysan parvenu, Marivaux, éd. Pierre Prault, 1734-1735.
[11] Le mythe du bon sauvage, depuis l’essai « Des Cannibales » de Pierre de Montaigne jusqu’au roman de 1931, Le Meilleur des mondes, d’Aldous Huxley.
[12] Lettres persanes, Montesquieu, 1721.
[13] Dom Juan ou le festin de pierre, Molière, 1ère représentation en 1665.
[14] Lire à ce sujet Marketing et communication à l’épreuve des foules intelligentes, Alexis Mons, éd. FYP, 2012.
[15] G. K. Chesterton, opus cité, p. 321.
[16] The Lean Startup: How Today’s Entrepreneurs Use Continuous Innovation to Create Radically Successful Businesses, Eric Ries, éd. Pearson, 2012.
[17] Allusion à la chanson la plus célèbre du groupe américain : I Was Made For Lovin’ You.
[18] Voir Principe KISS, Wikipedia, 
[19] Voir Rasoir d’Ockham, Wikipedia, 
[20] Madame Bovary, Gustave Flaubert, 1856
[21] Henry James, « Gustave Flaubert », in Critical Muse : selected literacy criticism, 1902.
[22] Une amitié littéraire. Correspondance Henry James – Robert Louis Stevenson, éd. Michel Le Bris, Payot.
[23] Robinson Crusoë, Daniel Defoe, 1719.
[24] Lettres anglaises ou Histoire de Miss Clarisse Harlove, Samuel Richardson, 1748.
[25] Voir à ce sujet les recueils Sagesse (1880) ou Jadis et Naguère (1884).
[26] Dubravka Ugresic, « Having Fun », Ceci n’est pas un livre, Fayard, 2005, p. 223.
[27] Dubravka Ugresic, opus cité, « Questions à une réponse », p. 254.
[28] Au sujet du kitsch, voir L’Art du roman, Milan Kundera, éd. Gallimard, 1986.
[29] Dubravka Ugresic, opus cité, « Questions à une réponse », p. 254-255.
[30] Ib., p. 255.
[31] Dubravka Ugresic, opus cité, « L’Aura du glamour », p. 74.
[32] G. K. Chesterton, opus cité, p. 324.
[33] G. K. Chesterton, opus cité, p. 325.
[34] Les CEO milliardaires sans diplôme ne manquent pas dans le domaine des TIC. Citons seulement Mark Zuckerberg, Steve Jobs, Bill Gates, Tim Allen, Michael Dell…
[35] The Third Wave, 1980.
[36] The Zero Marginal Cost Society: The Internet of Things, the Collaborative Commons, and the Eclipse of Capitalism, Jeremy Rifkin, 2014.
[37] « Matinée d’ivresse », Illuminations, Arthur Rimbaud, 1872-1875.
[38] Le « patient acteur de sa santé » est devenu ces dernières années l’un des axes directeurs des politiques de santé, tel que préconisé par la loi HPST, ou la loi du 4 mars 2002, relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, qui a marqué une avancée majeure en matière de droits individuels et collectifs des patients et préconise de développer la « démocratie sanitaire ».
[39] Oubliez les réseaux sociaux. Place aux réseaux collaboratifs ! 
[40] SETI, Wikipedia, 
[41] « Foldit » : un jeu vidéo expérimental développé en 2008 en collaboration entre les départements d’informatique et de biochimie de l’université de Washington.
[42] Click to cure, jeu vidéo expérimental développé par Cancer Research UK, 
[43] Le site Zooniverse.org propose de nombreuses activités aux internautes qui contribuent à des programmes de recherche scientifiques en s’amusant. 
[44] Sérendipité, Wikipedia, 
[45] L’appel à contribution a paru dans la presse mondiale.
[46] Pangloss : personnage de Candide ou l’optimisme. Il est un disciple de Leibniz, fervent défenseur d’un optimisme à toute épreuve qu’on retrouve jusque dans le titre de l’œuvre. Un titre à plusieurs sens, d’ailleurs : si on entend un « ou » inclusif, alors Candide est synonyme d’optimiste, mais si on entend un « ou » exclusif, alors on a l’expression d’une lutte, d’un match, comme dans l’expression « c’est lui ou moi ».
[47] « Bourriquet, l’âne mélancolique, l’ami en peluche de Winnie l’Ourson, n’est rien d’autre qu’un défaitiste. » Dubravka Ugresic, opus cité, « L’Optimisme renforce l’organisme », p. 117-118.
[48] « Having Fun », p. 229.
[49] C’est une référence au roman de Robert Musil, L’Homme sans qualités, 1930-1932.
[50] Conférence de Michel Serres sur les nouvelles technologies lors du 40è anniversaire de l’INRIA en 2007. 
[51] Generative Design, Wikipedia, 
[52] G. K. Chesterton, opus cité, « Le Culte des riches », p. 326.
[53] Kick-Ass, Matthew Vaughn, 2010.
[54]  Biographia Literaria, publié in 1817, Samuel Taylor Coleridge.
[55] Will Hunting, Gus Van Sandt, 1997.
[56] Diogène de Sinope, Wikipedia, 
[57] Du latin candidus : blanc.
[58] Tabula rasa, Wikipedia.
[59] Allusion à la célèbre Justice League des éditions Marvel.
[60] Allégorie de la caverne, Wikipedia.
[61] Virgile, Enéide, II, 268.
 



10 réponses à “C2B : Candid-to-Business. Le pouvoir des naïfs consacré par le Web.”

  1. Merci de cette caustique et lucide prise de recul! Votre analyse est extrêmement pertinente. Me permettrez-vous d’inciter les lecteurs de mon blog à vous lire?
    Bien cordialement,

  2. Stéphane Barloy dit :

    Article remarquable, comme si le fait d’être candide était un atout pour faire du business. Il est vrai que chez les Américains faire du fric avec du vent…ça marche un temps ! Pareil pour les subprimes ! Cependant, permettez moi de jouez les troubles fêtes sur l’idée que le consommateur se croit être le « roi ». Il me semble que tant que son porte-monnaie est plein, effectivement, il peut être roi, mais au fait, le roi ne serait-il pas plutôt le porte-monnaie ?

    Faire accroire aux individus que par le miracle Internet, ils peuvent générer des idées qui vont empiéter sur les plates-bandes des monopoles financiers et industriels, c’est une duperie, une manipulation des consciences.
    Une oligarchie contrôle les politiciens et impose une façon de vivre qui est que pour un SDF, il devrait se connecter sur internet pour trouver un logement…cela relève de l’Absurdie !
    De même les banquiers, nous font passer pour des irresponsables écologiques parce que nous refusons de recevoir ,autrement que sur support papier, le compte rendu de nos comptes plutôt que de payer nous même l’encre, l’imprimante et le papier du service qu’ils nous rendent.

    Vous semblez mesurer l’évolution, le progrès à l’aune des certifications, diplômes et professionnalismes exercés dans tous les domaines. Malheureusement, celui-ci n’est guère accessible à tous et à fortiori aux « incultes » qui auraient le mauvais goût de prétendre à s’exprimer.

    Ces élites diplômées au pouvoir ne nous ont-elles pas gentiment amenées à cette crise récurrente dont les causes ne sont jamais traitées et qui s’est amplifiée avec la dernière crise financière, jusqu’à la prochaine qui sera sur l’accessibilité à l’eau si vitale à la vie ou la pénurie alimentaire pour l’ensemble de la population du globe. Depuis le Biafra, seules les statistiques ont évolué quand on manipule les chiffres.

    Quand 67 individus détiennent le patrimoine de 3.5 milliards d’autres sur les 7 qui peuplent la planète…on devrait se dire qu’il y a quelque chose qui cloche dans nos avidités, notre cupidité égocentrique et surtout notre stupidité élitiste à nous faire croire que nous sommes les meilleurs du monde. C’est pour cela entre autre que furent exterminées les peuplades « ces sauvages incultes » encore en harmonie avec la nature…au nom d’un progrès qui stérilise, qui fragilise les individus, pendant que l’on crée un salon du divorce dans le temple du consumérisme de notre société qu’on veut nous faire croire comme étant la panacée.
    C’est aussi la France qui s’enorgueillit en début d’année d’être repassée au troisième rang mondial dans la vente d’armes…comme si tuer était l’éducation à recevoir ! Les américains en pâtissent avec un Colt chez toutes les familles, les bonnes comme les moins !

    Voilà c’était juste une petite réaction épidermique à des propos choquants lorsqu’on a une vision plus humaniste et holistique de l’Humanité et de ses interdépendances…qui peut être certes utopiste, mais ouverte à l’espoir.

    • Laurent Députier dit :

      Bonjour,
      Merci pour ce commentaire passionné et passionnant. Notre article part du même constat que vous, et nous sommes nous aussi persuadés que le modèle purement descendant, des « élites » vers les « candides » ne suffit plus : que ce soit dans le domaine du commerce (consumers), du management (coworkers) ou du politique et du social (citizen). Nous sommes également conscients que dans un monde où le marché de l’information règne en maître, la fracture sociale n’est pas seulement « numérique ». Le web n’est qu’un outil, la solution c’est ce qu’on en fait. A partir de là, nous essayons d’aller un peu plus loin et de profiler quelques éléments de réponse pour l’avenir : déceler dans les nouvelles tendances celles qui semblent s’imposer (les raisons sont toujours discutables) et celles qu’on pense plus pertinentes même si elles sont à ce jour moins populaires. En toute humilité bien sûr, car au final, nous sommes tous un peu Pangloss, un peu Bourriquet et un peu Diogène…

  3. Chaque semaine, depuis bientôt 4 ans, j’écris sur la collaboration en entreprise avec un focus tout particulier sur la réunion. Votre billet est passionnant. J’en ai fait plus qu’un écho sur notre blog et me suis permis une petite chute de « candide ».
    Merci et bravo pour cette réflexion profonde et documentée !

  4. […] et documenté de Pierre Mouillard et Laurent Députier publié sur leur blog Cee2Bee intitulé C2B : Candid-to-Business ou le Pouvoir des naïfs consacrés par le web. Leur billet est très long, alors je vous ai choisi […]

  5. Tiens, tiens, je vois que mon ami Patrick Bedigis s’est fait votre relais. Le monde des agitateurs d’opinion n’est donc pas si vaste.
    Voici donc le post de mon blog où je vous cite :
    http://www.interaxiome.com/inter09/index.php?option=com_content&view=article&id=136:b2b-c-est-plus-que-c-etait&catid=3:transaxiome-presentation&Itemid=50

  6. […] et documenté de Pierre Mouillard et Laurent Députier publié sur leur blog Cee2Bee intitulé C2B : Candid-to-Business ou le Pouvoir des naïfs consacrés par le web. Leur billet est très long, alors je vous ai choisi […]

  7. […] Sur le même sujet, je vous fais profiter de l’intéressant post du blog de Pierre Mouillard et Laurent Députier, co-fondateurs de Vigisys : « C2B : Candid-to-Business. Le pouvoir des naïfs consacré par le Web » – http://cee2bee.fr/2014/04/c2b-candid-to-business-pouvoir-naifs-consacre-web/ […]

Laisser un commentaire


Suivez l'actualité C2B sur Scoop.It!